| Le secret le mieux gardé en ville… | | Print | |
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- Kinderville. - Comme les œufs en chocolat? - Non épais, ça c’est Kinder Surprise, quoique des fois, Kinderville ressemble un peu à un œuf Kinder… - ??? - Le secret le mieux gardé en ville. - Ah! Là je comprends pourquoi c’est Kinderville… Et c’est comme ça que j’ai annoncé à un collègue que mes enfants allaient dans une garderie privée de Candiac. Depuis, il y a eu des tempêtes de neige, des canicules, du verglas et beau temps, mauvais temps, Candiac II a toujours été là pour nous. Quand je dis nous, je parle bien sûr de mes enfants. En fait non, c’est assez réducteur de parler de mes enfants. Ce serait plus juste de parler des enfants. Pas pour les parents, pas pour le gouvernement, pas même pour le « boss », non, l’équipe est là POUR LES ENFANTS! As-tu une idée, ami lecteur, de ce que ça signifie : laisser son enfant? Car c’est bien de ça dont il s’agit. Ne nous racontons pas d’histoires. Évidemment, par un tour de passe-passe psychologique, on s’en raconte des histoires pour être en mesure de vivre avec l’atrocité de laisser chaque matin le sang de son sang entre les mains d’inconnues. Donc, vivre chaque jour la fin du monde…et chaque soir, revenir à la vie. Je pourrais, et ton Dieu sait que je pourrais, te parler d'insignifiances au sujet de mon expérience de Kinderville Candiac II. Ce serait te manquer de respect, ami lecteur, et donner une valeur relative au temps qui passe alors que c’est justement du contraire que je veux t’entretenir : de l’éternité qui n’en finit plus de finir de revoir ma fille. Déjà, lorsque le réveil chante, ma poitrine se serre. Du fait que je me réveille? Non. De savoir que le décompte s’amorce, me rapprochant sans cesse de ce moment où je lui donnerai un dernier baiser, lui ferai un dernier câlin et devrai tout doucement oublier l’odeur de ses cheveux alors que son regard se détournera de moi, comme si la mort riait tout doucement. Déjà, en ouvrant les yeux, je prépare mon cœur pour l’atroce déchirure. Mais la routine du matin me rappelle à l’ordre et la danse se danse. Du changement de couche jusqu’au choix du toutou à apporter et du déjeuner jusqu’au choix des élastiques pour les lulus, chrono avance sans cesse avec à sa suite un papa qui essaie tant bien que mal d’inscrire quelques-unes de ses secondes dans le coffre-fort de son cœur. Arriverais-je ce matin à donner valeur d’éternité à un ou deux moments? Puis c’est la clé dans la porte, suivi de la clé dans la voiture. Combinaison de clés du bonheur? « Papa, la chanson à Kali! » Bref regard dans ses yeux de sa mère et on chante jusqu’au moment d’enlever la clé. Le stationnement ment. Je suis arrêté mais ça continue. J’ouvre la porte et la détache (Oh comme j’aimerais me l’attacher pour toujours…). Sortant de son siège, parfois elle marche, parfois elle me tient la main et si c’est mon jour de chance, elle me dit, alors que je me recule d’un pas : « Papa, dans les bras! » JOIE! Routine de l’escalier puis le code suivi du casier. Arrive alors cette poignée de porte. Peut-on haïr une poignée de porte? De l’autre côté de cette porte, le pays des merveilles. Elle court (bien qu’elle n’ait pas le droit…), elle rit et toujours, elle danse. Moi, je mets mon masque, celui que j’ai laissé sur la table pour t’écrire ce mot ami lecteur. Je ris, je joue des tours, je fais des blagues et surtout, je me prépare à mourir. Je ne sais jamais comment ça va se passer et à chaque fois c’est différent mais toujours, elle se jette dans mes bras, me prend par le cou et alors que je la couvre de baisers, elle se met à gigoter comme une barbotte pour que je la dépose par terre, dans son terrier, alors qu’elle part à la suite du lapin blanc… Et là je n’ai pas le choix, je dois me relever. Ce n’est pas tant d’avoir des couilles qui importe que d’avoir une bonne colonne! Et du haut de ma grandeur, je me sens tout petit. Comment ce fait-il qu’on ne m’a JAMAIS parlé de ça à l’école. J’aurais aimé savoir. Qui puis-je poursuivre en cours pour outrage à mon humanité? Un recours collectif, ami lecteur? Anyway, je dois aller faire ce que j’ai à faire dans le grand monde hein? Et la marche vers la voiture s’amorce, et un long trou noir m’enveloppe, et un épais brouillard me berce, comme si la vie goûtait moins, comme si mon cœur battait au rythme d’un battement l’heure… Et voilà que les questions s’accumulent : Mais pourquoi il nous parle de ça? C’est quoi le lien avec Kinderville Candiac II? Où il s’en va avec cette histoire? Qui a laissé publier un texte pareil? Ami lecteur, laisse-moi éclairer ta journée grise d’automne qui n’en finit plus de finir… Si je peux endurer tout ça, si je peux mourir chaque jour et renaître chaque soir, si je peux déposer ma fille sur le plancher après la pluie de mes baisers, c’est parce que je la laisse entre les mains de l’équipe de Candiac II, à commencer par Sylvie. C’est que je sais Sylvie aux commandes de la garderie que je retourne à ma voiture avec le début d’un sourire. C’est parce que France accueille le souffle de mon souffle que je retrouve une certaine sérénité sur la route vers le travail. C’est la douceur de Nathalie qui me rassure lorsque je lève les yeux au ciel, en plein milieu d’un appel important, alors même que je me demande si la vie de ma vie se porte bien. C’est le souvenir des yeux des éducatrices se penchant vers la fille de ma femme qui gonfle mon cœur d’espoir sur les jours à venir. Ami lecteur, ne te trompe pas, n’importe qui peut laver des planchers, faire des menus santé, avoir des jouets dernier cri, et mettre de la couleur sur les murs mais l’art de rassurer le cœur d’un papa qui laisse sa fille à chaque jour aux bons soins d’inconnues, ça et seulement ça, ce n’est pas donné au premier venu. Il y a de douces mélodies qui se dégagent de Kinderville Candiac II mais il faut tendre l’oreille. Et tendant l’oreille, se dégage alors toute l’harmonie de ces mélodies. Sylvie est une excellente chef d’orchestre et chaque éducatrice, une virtuose du Grand Art. Mais pour ceux qui n’entendent pas la musique, ceux qui dansent passent toujours pour des fous! Pour l’amour du ciel, de l’essence-ciel, ne cessez jamais de danser à Kinderville Canciac II! D’un papa qui aime ce qu’il entend, Patrick Rajotte, papa de Kali. |
